Ce site est dédié à l'étude et à la mise en valeur de l'œuvre graphique de Victor Hugo.

Autres dessins

Certains dessins de Victor Hugo échappent aux catégories établies. Trop singuliers, trop libres, ou simplement à la croisée de plusieurs thèmes, ils résistent à toute tentative de classement strict.

La section “Variations” rassemble ces œuvres qui ne s’inscrivent pas naturellement dans les ensembles thématiques du site. Le terme n’a rien d’un fourre-tout : il suggère au contraire la richesse des écarts, des essais, des explorations graphiques et des détours de l’imaginaire.

On y découvre des dessins parfois expérimentaux, parfois plus intimes, où Hugo semble s’autoriser davantage de liberté formelle ou de recherche visuelle. Ces pièces ne sont pas périphériques : elles témoignent d’un processus créatif en mouvement, souvent plus spontané, parfois plus énigmatique.

En parcourant ces “Variations”, l’internaute accède à une autre lecture de l’œuvre dessinée : moins structurée par les grands thèmes, mais plus ouverte aux nuances, aux accidents heureux et aux correspondances inattendues. Elles complètent ainsi le parcours général en offrant un regard plus libre sur l’univers graphique de Victor Hugo.

Rebuse Amoureux pour Léonie d'Aunet fin 1854 - Début 1855

Plume (technique), Pinceau, Barbes de plume (technique), Aquarelle, Gouache, Fusain, Encre, Papier vergé. Dimensions : H. 32.5 x l. 20.6 cm

Marques et inscriptions : En bas, à droite, à l'encre brune : " Sous vos pieds. / Victor H."
Le paysage sur le papier vélin collé au centre du dessin est intitulé "SOLITUDO" et signé "VICTOR HUGO".
A la partie supérieure de son cadre, se trouve la mention "LEA" (la Lionne, Léonie) en lettres dorées. Il est suspendu à un chevalet en forme de "A" (d'Aunet) qui repose sur un "H" (Hugo) sur lequel on lit en lettres brunes et dorées "LEO VICTOR VICTUS LEAENÂ" (le lion victorieux vaincu par la lionne).
Sur la gauche, un "L" transformé en prie-Dieu où s'inscrit verticalement le mot " VICTRIX "(victorieuse) supporte un "V" à demi brisé comme agenouillé.

Maison Victor-Hugo, numéro d’inventaire : 928

Leonie d aunet 1012 xviii

Justicia 1857

Justicia 1857
Plume, pinceau, encres brune et noire et lavis, crayon de graphite, fusain, rehauts de gouache rouge, réserves, zones frottées sur papier beige.
Dimensions - Œuvre: Hauteur : 53.4 cm Largeur : 35 cm
Inscription - En bas, en grandes capitales rouges : ' JUSTITIA'
Inscription concernant la date et l'auteur - A droite, à l'encre brune : 'Victor Hugo / 1857 ';
Conservé à Hauteville House, ce dessin figura dans l'atelier, puis dans la salle de billard.
L'influence de Goya est ici manifeste : le dessin de la tête est très proche d'œuvres comme El tio paquete (Madrid, musée Thyssen-Bornemisza) (https://.artehistoria.com/obras/tio-paquete).
La tête du condamné projetée semble devenir constellation : on trouve ici l'expression graphique de cette note consignée dans le Livre des tables : « À la première entrée de l'Ombre du sépulcre, et un moment avant qu'elle ne revînt, Victor Hugo avait exprimé l'intention de l'interroger sur Tapner, et sur l'effet que produit dans l'infini cette âme qu'on y lance violemment.
Comment voit-on la peine de mort de l'autre côté du tombeau ? » (Séance du 17 février 1854.)
Dessiné en 1857, « Justitia » a été encadré par Victor Hugo en 1859 comme « Ecce Lex » (inv. n° 957) réalisé à Jersey en 1854 pour constituer deux pendants. Ainsi appariés, ces deux œuvres ont été perçues comme une double protestation contre la peine de mort, qui est l’un des grand combat de Victor Hugo. Mais c’est deux dessins ont en fait une valeur différente et se situent presque dans un rapport d’opposition. Si « Ecce Lex », dont le titre évoque la loi, condamne la peine de mort civile, « Justitia », dont le titre évoque la justice, lié au poème « La Révolution », est plus une méditation sur la peine de mort politique, qu’il excuse
(lorsque la statue d’Henri IV demande qui a construit l’échafaud, le crâne supplicié de Louis XVI lui répond :

Justicia 1858

« Ô mes pères, c’est vous »), voire justifie dans les soubresauts violents de l’histoire au nom du progrès (ce que renforcera l’ajout d’un épilogue au poème, en 1870 : « C’est au bonheur que doit, quoi qu’on fasse, aboutir / L’effort humain, ce sombre et souriant martyr : / La vie aux yeux sereins sort toujours de la tombe. »).
Les Quatre Vents de l'esprit
Maison de Victor Hugo - Hauteville House, numéro d’inventaire 966
« Justitia » transcrit des vers de la fin du poème « La Révolution », qui sera publié dans Les Quatre Vents de l’esprit mais dont la rédaction se place traditionnellement entre octobre et Noël 1857. Dans la dernière section, « L’Arrivée », les statues équestres d’Henri IV, Louis XIII et Louis XIV atteignent la place de la Concorde où, au lieu d’y trouver la statue de Louis XV qui lui donnait auparavant son nom, elles découvrent l’échafaud de Louis XVI :

« Au lieu de la statue, au point même où leurs yeux
Cherchaient le Bien-Aimé triomphal et joyeux,
Apparaissaient, hideux et debout dans le vide,
Deux poteaux noirs portant un triangle livide ;
Le triangle pendait, nu, dans la profondeur ;
Plus bas on distinguait une vague rondeur,
Espèce de lucarne ouverte sur de l’ombre ;
Deux nuages traçaient au fond des cieux ce nombre :
– Quatrevingt-treize —chiffre on ne sait d’où venu.

C’était on ne sait quel échafaud inconnu.
[…] / L’échafaud, immobile et monstrueux, semblait
Communiquer avec la tombe universelle.
Une pourpre, semblable à celle qui ruisselle
Et qui fume le long du mur des abattoirs,
Filtrait de telle sorte entre les pavés noirs
Qu’elle écrivait ce mot mystérieux : Justice. »

 

Les Quatre Vents de l'esprit

Le fou 1858

Plume (arts graphiques)LavisEncrePapier vélin

  • Hauteur : 22.9 cm
  • Largeur : 18 cm
  • N° inventaire MVH 125
  • Edition Jean Massin sous le N° 509

Ce dessin s’inspire d’une statuette chinoise en céramique représentant Li-Tieguai, un des huit immortels de la religion taoïste (inv. 2012.0.220). Désignée comme « petit buveur d’opium » sans doute à cause de son expression halluciné, yeux écarquillés et bouche ouverte, celle-ci appartenait à Juliette Drouet qui l’offrit à Charles Hugo, en 1857, mais que Victor Hugo s’accapara pour le décor de la cheminée de la galerie de chêne à Hauteville House, en 1858. Cette interprétation comme « buveur d’opium » a sans doute été suscitée par la fiole de potion médicamenteuse et l’air halluciné du personnage, yeux écarquillés et bouche ouverte, détail qui traduisent la tradition selon laquelle l’esprit de Li-Tieguai s’étant absenté trop longtemps pour visiter les immortels, son disciple le croyant mort avait brulé son corps et le sage à son retour ne trouva d’autre enveloppe charnelle que le corps malade d’un mendiant récemment décédé. C’est cette physionomie qui semble avoir fasciné Victor Hugo qui s’en est inspiré à deux reprise, d’abord pour la tête guillotinée de « Justitia » (inv. n° 966) puis, plus directement, pour ce dessin qu’il a laissé sans titre. Le titre « Le Fou » qui lui a été attribué postérieurement (sans doute par Paul Meurice ?) semble s’appuyer à la fois sur l’interprétation de la statuette comme « buveur d’opium » et sur l’expression accentuée par Hugo, alors qu’il supprime la fiole.

Le fou

Fracta juventus [fin 1863]

Plume (arts graphiques)EncreLavisCrayon graphiteFusainAquarelleGouachePapier, dimensions : 14.7 cm x 23 cm. Feuille provenant de l'album NAF 1334 de la Bibliothèque nationale de France. N° inventaire MVH 815.

Inscription manuscrite - A droite, dans la partie réservée : " FRACTA JUVENTUS " ; A gauche, en grandes capitales rouges : " VICTOR HUGO " ; En bas, à l'encre brune : " A Paul Meurice / Victor Hugo / 1864 "

Paul Meurice, dans son article du Harper’s Magazine en 1902, décrit « Fracta Juventus » comme étant une « carte de visite », c’est-à-dire un dessin adressé par Victor Hugo à ses proches pour le nouvel an. Cette indication permet donc de dater sa réalisation de la fin de 1863.

Fracta juventus

Le char de la monarchie 1866

Le char de la monarchie 1866

Plume (arts graphiques)LavisEncrePapier vélin, dimensions : Hauteur : 15.9 cm, Largeur : 26.7 cm. Dessin exécuté sur une feuille de papier vélin à tranche dorée détachée de l'album conservé à la Bibliothèque nationale de France NAF 13342 utilisé en 1866.

Ce dessin a figuré à l'exposition de la galerie Georges Petit, en 1888, sous la rubrique "Collection de M. Paul Meurice", n° 122 "Le Carrosse de la Royauté".

Numéro inventaire MVH 813

Un carrosse branlant, sur le devant duquel est perché un cocher qui sommeille, est traîné par une vieille haridelle portant des œillères et dont le dessin rend merveilleusement la claudication. Cette charge faisait l'admiration de Chiffart (1), grand prix de Rome, qui écrivait à un ami : « j'ai vu dans le nombre des dessins du Maître un dessin tellement frappant, tellement gai, tellement juste de rendu, d'un trait si heureusement conduit par l'instinct que je ne lui trouve pas d'exemple... Tâchez de voir ça ! » ; à l'intérieur du véhicule on aperçoit un vague profil bourbonien.

Jean Delalande, Hugo dessinateur génial et halluciné p 60 .

  1. Admirateur de Hugo, il exprimera son talent dans les arts graphiques : aquafortiste hors pair, il participe par ses « improvisations sur cuivre » au renouveau de l’eau-forte ; dessinateur inspiré, il réalise des illustrations des Travailleurs de la mer en 1869, puis exécute les dessins pour Notre-Dame de Paris et La Légende des siècles, devenues depuis des icônes hugoliennes.
Le char de la monarchie

La femme masquée 1866

Femme Masquée retenant son manteau.

Date : En 1866. Matériaux et techniques : Plume (technique), Lavis, Crayon, Encre, Papier vélin. Numéro d’inventaire MVH : 811C.

Ce dessin, réalisé sur une feuille de papier vélin de 26,7 x 17,2 cm, est d'une sensualité troublante, avec cette femme au visage masqué, tenant contre elle les pans de son manteau qui ne la couvrent pas complètement, dévoilant l'un de ses seins. Le masque garde le mystère de cette personne capturée sur le papier ; s'il constitue un obstacle au regard, il offre une voie vers l'imagination... Est-ce qu'il s'agit ici d'un simple éros ou d'un désir, d'une image sublimée de la prostituée, ou d'une première représentation du personnage de la duchesse Josiane ? (L’homme qui rit.)

On voit que le tracé est nerveux et les accents d'encre sont forts, ce qui en fait l'un des plus beaux dessins de Victor Hugo et des plus fortes expressions de sa vision de la femme.

V

Femme masquee

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Date de dernière mise à jour : 28/04/2026