Ce site est dédié à l'étude et à la mise en valeur de l'œuvre graphique de Victor Hugo.

Les Caricatures dessinées par V. Hugo

Pour les œuvres qui s’apparentent le plus à des caricatures, la démarche de Hugo semble la suivante : le poète laisse sa main errer librement, traçant des lignes au hasard. Une fois la forme achevée, il reprend conscience et y ajoute quelques éléments figuratifs qui, selon l’inspiration du moment, évoquent tantôt un jeune débutant, tantôt un violoncelliste, et ainsi de suite.

Ferme-t-il les yeux pour se laisser guider par le seul plaisir du geste ? Suit-il les contours invisibles d’une ombre projetée sur la feuille ? Se laisse-t-il porter par l’inspiration ou cède-t-il à une forme d’automatisme proche de celui des surréalistes ? Nul ne peut l’affirmer. Quoi qu’il en soit, ces fantaisies constituent, à l’époque, une véritable remise en cause des codes du dessin, ainsi que des audaces profondément personnelles.

 

Le poème de la Socière : La Torture ►

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Caricatures diverses :      Ci-dessous 

Mlle George en déshabillé galant.

Plume (arts graphiques), Encre, Papier vélin, dimensions 22 x13,9 cm

Inscription - Imprimé au revers, à l'intérieur d'un cadre et sous une couronne : "IMPRIMERIE DE CARPENTIER-MERICOURT, / RUE TRAINEE, N°15, PRES S.-EUSTACHE". Cette caricature de Mlle George est sans doute liée à la part qu’elle a prise dans la cabale ayant contraint Juliette Drouet à abandonner le rôle de Jane dans la pièce de Victor Hugo, « Marie Tudor ». (Elle fut remplacée par l’amie d’Alexandre Dumas, Mlle Ida).

Inscription manuscrite - En bas, à droite, à l'encre brune : les vers de la Chanson de l’homme à la scène 5 de la première journée de la pièce de Victor Hugo, "Marie Tudor", où Mlle George tenait le rôle titre.

 

Ton beau corps se révèle
Sans voile et sans atours
Dormez, ma belle,
Dormez, ma tour-
Terelle,
Dormez, ma tour !

Mlle George en déshabillé galant

Dans les caricatures de Victor Hugo : la charge vise rarement une personnalité ; pourtant voici, Mademoiselle Georges en galant déshabillé : une femme aux formes monstrueuses dont la chemise transparente laisse voir la poitrine qui s'affale, le ventre rond, le derrière éléphantesque, les chevilles énormes. Cette caricature est à la fois l'écho des orages qui marquèrent les tumultueuses relations entre l'auteur et sa principale interprète, (Marie Tudor) et sans doute une petite revanche confidentielle, puisqu’elle n'était pas destinée à être livrée au public, mais offerte par l'amoureux Toto à sa Juju, belle actrice évincée et méconnue.

MVH N° d’inventaire 81 ; Jean Delalande, Victor Hugo dessinateur génial et halluciné, p 58.

Mlle George dans Norma

Plume (arts graphiques), Encre, Papier vélin, dimensions 13 x10,1 cm

« Norma ou l'infanticide », tragédie en cinq actes et en vers, d'Alexandre Soumet a été créée au théâtre de l'Odéon le 6 avril 1831. La caricature que fait ici, Victor Hugo de Mlle George dans ce rôle est rétrospective. Elle témoigne de la rancune que Victor Hugo – et Juliette Drouet à qui se dessin était vraisemblablement destiné –Cette année-là, les deux actrices jouent ensemble dans Lucrèce Borgia de Victor Hugo, créée en février et où se noue la liaison entre l’écrivain et Juliette. Puis les deux interprètes se retrouvent en juillet, justement dans une reprise de « Norma ou l'infanticide », où Mlle George tient le rôle-titre et Juliette celui d’Adalgise. Elles partagent de nouveau la scène en août, dans « La Chambre ardente » de Bayard et Mélesville où Mlle George est la fille de La Brinvilliers et Juliette, Agathe de Montalais. Les relations déjà tendues, vont se dégrader à partir des répétitions, en octobre, de Marie Tudor, où Juliette va faire les frais de l’animosité contre Hugo de la coterie réunissant Harel, directeur du théâtre de la porte Saint-Martin, Mlle George, Alexandre Dumas et sa maîtresse Ida Ferrier qui souhaiterait prendre le rôle de Jane confié à Juliette. Cette dernière, harcelée, cible de vexations, s’effondrera à la première de la pièce, le 6 novembre, et doit abandonner le rôle.

Melle George dans norma

Ce portrait charge de Mlle Georges pourrait être daté de l’été 1833, où les deux actrices jouent dans « Norma » mais cela semble un peu tôt dans la chronologie de l’animosité de leurs relations. Par ailleurs, la stylisation des yeux semble se rattacher à une série de dessins datés de 1835. La caricature pourrait s’expliquer alors par la première représentation à Paris, de l'opéra que Vicenzo Bellini a tiré de la pièce, donnée Salle Favart le 8 décembre 1835, qui ravive les souvenirs pénibles de 1833. Selon R. Jourmet et G. Robert, ce dessin faisait à l'origine partie de l'Album de « Choses à la plume » (Bibliothèque nationale de France, NAF 13.355). MVH, inventaire N° 118.

Pista

Dès 1832, le personnage caricatural de Pista était né dans la famille Hugo. Il était alors associé dans ses aventures à « Toto » et destiné, comme l'évoque Antoine Fontaney dans son Journal intime, aux enfants :

 « Victor […] faisant les petites caricatures de Toto, Pista qu'il met tous les soirs sur le lit de ses enfants et qu'ils trouvent en s'éveillant, le matin, à leur grande joie. » (16 avril 1832, NAF 17345, f. 122.) Toto étant le diminutif de François-Victor, né en 1828, dans cette série Pista désignait-il Charles à cette époque-là ?

La présente série, différente de celle de 1832, est datable de 1835, notamment par le papier utilisé. À en juger par les légendes, elle n'est pas destiné à des enfants, mais aux adultes et vise le Français moyen d'alors, comme, vers la même époque les caricatures de Daumier. Quelques-unes d'entre elles n'empruntent-elles pas à Victor Hugo lui-même certains traits ? Ainsi Pista montant la garde ou recevant la croix d'honneur. Dans ce dernier dessin, l'évolution politique de Hugo semble déjà se profiler. À gauche apparaît la caricature de Louis-Philippe caracolant, sans doute inspirée B le Peytel. 

D'où avait pu naître le nom de Pista ? La famille Hugo, au même moment, possédait un chien de ce nom ; le mot Pista apparaît aussi dans une note de Victor Hugo :

On peut aussi se demander si le mot ‘’ Pista’’ n'est pas le résultat de l'emploi du verlan ; c'est, en effet, le langage utilisé par Adèle dans le Journal de l'exil. Pista pourrait provenir de tapis, ce qui caractérise bien ce personnage qui semble laminé. Ces six dessins, plume et encre brune, 95 x 120 mm, découpés dans une même feuille de papier vergé et filigrané, 384 x 254 mm ; la réunion des six dessins ne permet néanmoins pas la reconstitution intégrale de la feuille : il manque l'équivalent, en taille, de deux dessins.

Les aventures de Pista

Chaque dessin porte une légende autographe : [1] « Pista va chez les filles » [2] « Pista convoite une jolie femme » [3] « Pista donne un coup de pied au cul à un gamin qui lui a manqué [4] « Pista reçoit le prix de poésie à l'institut » [5] « Pista à la croix d'honneur et crie : vive le roâ » [6] « Pista monte la garde et appelle les républicains sacrés cochons » Chaque dessin mesure 95 x 120 mm.

La poire

 

Victor Hugo n’a pas manqué de prendre conscience du mouvement de contestation et de médisance envers Louis-Philippe, qui a inclus la caricature de la Poire dans ces deux dessins datant vers 1835 et dans un passage des Misérables.

La caricature de Louis-Philippe Ier en poire, créée par Charles Philipon en 1831 et publiée dans La Caricature sous le titre La Poire la même année, a connu un fort retentissement, la Poire est ainsi devenue le symbole du combat mené par une poignée d'artistes de la presse satirique pour défendre la liberté d'expression. L'emblème qu'ils ont attribué à Louis-Philippe et à son régime, en l'enrichissant de différents niveaux de significations superposés. Le succès de cet emblème s'est traduit par la prolifération du signe dans toute la France et a contribué au rétablissement, en 1835, d'une censure de la presse.

Les Poires tracées sur les murs par des gamins, donnent lieu à une anecdote rapportée par Hugo dans Les Misérables : « Un soir d’été, Louis-Philippe, rentrant à pied, en vit un, tout petit, haut comme cela, qui suait et se haussait pour charbonner une poire gigantesque sur un des piliers de la grille de Neuilly ; le roi, avec cette bonhomie qui lui venait de Henri IV, aida le gamin, acheva la poire, et donna un louis à l’enfant en lui disant : La poire est aussi là-dessus. » Les Misérables, 3e partie, Marius, livre premier : VIII, Où on lira un mot charmant du dernier roi. 

Elle se répand ensuite dans toute la France. Un journaliste note : « La poire symbolique a fait éruption hors des barrières de la capitale ; elle voyage, elle est partout la France ; on la retrouve à tous les relais des grandes routes, à tous les carrefours des chemins. Le voyageur étranger qui aborde nos frontières reconnaît, à la présence de ce fruit allégorique, crayonné sur les murs, qu’il touche la terre de France]. » La Mode, novembre 1832, cité par Petrey 2005p. 157

Le griffonnage de la Poire est à l'époque une pratique si familière que Flaubert lui-même s'y livre dans ses manuscrits, tout comme Hugo et Stendhal.

La poire -

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Date de dernière mise à jour : 24/04/2026