Victor Hugo n’a pas manqué de prendre conscience du mouvement de contestation et de médisance envers Louis-Philippe, qui a inclus la caricature de la Poire dans ces deux dessins datant vers 1835 et dans un passage des Misérables.
La caricature de Louis-Philippe Ier en poire, créée par Charles Philipon en 1831 et publiée dans La Caricature sous le titre La Poire la même année, a connu un fort retentissement, la Poire est ainsi devenue le symbole du combat mené par une poignée d'artistes de la presse satirique pour défendre la liberté d'expression. L'emblème qu'ils ont attribué à Louis-Philippe et à son régime, en l'enrichissant de différents niveaux de significations superposés. Le succès de cet emblème s'est traduit par la prolifération du signe dans toute la France et a contribué au rétablissement, en 1835, d'une censure de la presse.
Les Poires tracées sur les murs par des gamins, donnent lieu à une anecdote rapportée par Hugo dans Les Misérables : « Un soir d’été, Louis-Philippe, rentrant à pied, en vit un, tout petit, haut comme cela, qui suait et se haussait pour charbonner une poire gigantesque sur un des piliers de la grille de Neuilly ; le roi, avec cette bonhomie qui lui venait de Henri IV, aida le gamin, acheva la poire, et donna un louis à l’enfant en lui disant : La poire est aussi là-dessus. » Les Misérables, 3e partie, Marius, livre premier : VIII, Où on lira un mot charmant du dernier roi.
Elle se répand ensuite dans toute la France. Un journaliste note : « La poire symbolique a fait éruption hors des barrières de la capitale ; elle voyage, elle est partout la France ; on la retrouve à tous les relais des grandes routes, à tous les carrefours des chemins. Le voyageur étranger qui aborde nos frontières reconnaît, à la présence de ce fruit allégorique, crayonné sur les murs, qu’il touche la terre de France]. » La Mode, novembre 1832, cité par Petrey 2005, p. 157
Le griffonnage de la Poire est à l'époque une pratique si familière que Flaubert lui-même s'y livre dans ses manuscrits, tout comme Hugo et Stendhal.