Ce site est dédié à l'étude et à la mise en valeur de l'œuvre graphique de Victor Hugo.

Dessins des tables tournantes

Introduction de cette période des tables tournantes.

C’est à l'initiative de Delphine de Girardin que Victor Hugo est initié aux tables tournantes qu’il pratiquera pendant 2 ans et demi, de septembre 1853 à 1855, les séances de spiritisme eurent lieu, pratiquement tous les jours et même plusieurs fois par jour. 70 procès-verbaux de ces séances ont été publiées dans les deux éditions de Gustave Simon et de Claudius Grillet.

Hugo et les siens interrogent les tables très régulièrement de jour comme de nuit. Lors de ces séances, c'est son fils Charles qui joue le rôle de médium. C’est lui qui tient le crayon pour retranscrire les mots des esprits. Et ils sont nombreux à se manifester ! Le 13 septembre 1853, il dialogue avec l’âme endormie de Louis-Napoléon Bonaparte, le 29 décembre 1853, il converse avec le poète André Chénier, le 19 février 1854 avec Molière ! Le 3 septembre 1854 il s'entretient avec la Mort : "Tout grand esprit fait dans sa vie deux œuvres : son œuvre de vivant et son œuvre de fantôme" affirme son esprit.

Avec les Tables, les disparus ne le sont plus tout à fait. L'occulte peut-être synonyme de progrès, avec leurs lots de révélations vitales, vont-elles constituer le livre des livres, la Bible de l'avenir. Il écrit sur le procès-verbal de la séance du 19 septembre 1854 : « Les êtres qui habitent l'invisible et qui voient la pensée dans nos cerveaux savent que, depuis 25 ans environ, je m'occupe de questions que la table soulève est approfondie.

Il écrira en janvier 1854 : "Voilà qui est prodigieux ! Il n’y a rien à répondre à cela. Je me déclare convaincu" puis à son fils François-Victor : "Le phénomène des tables parlantes n'amoindrit pas le XIXe siècle, il l'agrandit (...) "

Et s'il s'agissait d'un phénomène relevant de la psychopathologie ?
Si on considère qu'il faut en moyenne 10 coups frappés par la table pour définir une lettre (moyenne faite en considérant que la lettre A ne compte qu'un coup et la lettre Z nécessite 26 coups), on en arrive mathématiquement, au regard de la longueur des comptes rendus des séances retrouvés et avec la meilleure bonne volonté il est totalement impossible à Victor Hugo, pendant 2 ans et demi, de décrypter des messages matin et soir
Victor Hugo croyant simplement transcrire les messages Spirites, qu'il a rédigé les révélations sublimes qui sont sortis de son esprit génial et non point de la bouche des esprits. Véritable dédoublement de personnalité ? Certains psychiatres de notre époque diagnostiqueraient chez Victor Hugo un véritable dédoublement de la personnalité qu'on appelle " la paraphrénie fantastique".

Dessins spirites.

Quoi qu'il en soit, il semble que l'on puisse au moins prétendre que la table, de même qu'elle renvoyait à Hugo ses propres vers, lui a renvoyé des dessins issus de son subconscient ; nous observerons aussi que par leur concision et les jeux de mots qu'elles renferment, certaines sentences latines portent indéniablement la marque de fabrication hugolienne.

Certains dessins spirites constituent des esquisses primitives, désordonnées, anarchiques, et sont manifestement le fait de la table, d'autres au contraire. (par exemple celui ou figure l'inscription Vultus mortis ou ceux qui représentent des squelettes) portent la marque d'un dessinateur, et naturellement on songe aussitôt à Hugo : certains traits sont réguliers, appuyés, on y a repassé le crayon ; il ne serait être question ici du pied convulsif de la table, il est d'ailleurs remarquable que des dessins de Victor Hugo, de vrais dessins, voisinent avec des images de fracture Spirite.

 

Ce dessin représente le buste d'un être étrange, qui semble être une combinaison de l'Ombre du Sépulcre et de la Mort.
Une tête apparaît vaguement derrière le grillage d'une sorte de cagoule. Hugo a souvent représenté des cagoules : on y retrouve, comme dans le château-fort, le burg, la même idée de claustration, d'inhibition, de censure, d'angoisse. On lit sur le dessin les phrases suivantes, d'une écriture automatique :
Veux-tu me voir cette nuit ?
Jaime mieux parler dans la nuit et dans la forêt.

 

L'ombre du sépulcre

 

La mort, la seule inscription portée sur le dessin est Vultus mortis (le visage de la mort). La tête cachée sous une cagoule, un grand œil sur la poitrine (le regard divin qui voit le coupable), elle se dresse entre deux arbres morts, derrière chacun desquels se cache une tête humaine, les cheveux hérissés de terreur ; dans le ciel volent trois corbeaux, oiseaux sinistres; le soleil (la vie) se cache derrière l'horizon, les yeux baissés comme s'ils sommeillait.
Le dessin ne donne pas l'impression de l'automatisme du précédent : il est beaucoup plus fini, plus net; certains endroits ont été repassés au crayon ?

Spirite vultus mortis

Le dessin représente un grand livre, surmonté d'une feuille, devant lequel se tient un homme, cette fois sans cagoule, dont les traits appuyés n'ont pu être dessinés par la table ; large front; sa tunique aux longues manches lui donne une allure de Grand-Prêtre (le livre serait-il le Livre de la vie, la Bible de l'avenir ? )
On lit sur le livre, à gauche :
          LIBER
        Deus
          aperit
          homo
           claudit

  1. Le Livre Dieu l'œuvre, l'homme le ferme.

à droite:
L'homme
crève l'œil
divin
et sur l'homme lui-même :
Le ventre
tue le
regard

Le grand livre

A gauche du livre, deux fois le chiffre 8 qui est aussi le signe de l'infini, l'esquisse d'une tête aux yeux fermés, et l'inscription : Mens occiditur a mensa (2).

  1. L'esprit est tué par la table (c'est-à-dire par le ventre).
    À droite du livre : esse non est esse (2) être, ce n'est pas manger ou manger, ce n'est pas être.
    et lingual occiditur a lingua (3); Près du livre les mots, peu lisibles, vesci, sci, sci (4). Et sous le livre ces deux phrases, qui semblent résumer cette communication spirite :
    Le plein et le plateau
    Le plateau est le vide
    Que signifie ces affirmations mystérieuses ?
  2. la langue (le verbe, la parole) est tuée par la langue (la nourriture).
  3. se nourrir, savoir.                                                                                                                                                         Dessinateur génial et halluciné, Jean Delalande.

Lors d'une séance de spiritisme

Lors de la séance du 4 avril 1854, le Lion d’Androclès demande à Charles Hugo et Théophile Guérin de lui donner un crayon ; ceux-ci installent une table ayant pour troisième pied un crayon, et la table s’agite et se met à dessiner.

1854

Description technique

Album de papier à dessin vergé utilisé tête-bêche, en partie pour des photographies, en partie pour les inscriptions et dessins spirites.

BnF, département des Manuscrits, NAF 13353, fol. 6v

Lors d une séance de spiritisme

Date de dernière mise à jour : 28/04/2026