Ce site est dédié à l'étude et à la mise en valeur de l'œuvre graphique de Victor Hugo.

L'Éternel Féminin sous la plume de Victor Hugo

Chez Victor Hugo, la femme occupe une place centrale, à la fois source d’inspiration, figure idéalisée et présence mystérieuse. Bien au-delà de la simple représentation amoureuse, elle apparaît dans son œuvre comme une incarnation de la beauté, de la grâce, du désir mais aussi de la fragilité humaine. Muse poétique, apparition presque spirituelle ou silhouette sensuelle, la femme traverse toute l’imagination hugolienne.

Cette fascination ne s’exprime pas seulement dans ses romans ou sa poésie : elle se retrouve aussi dans ses dessins. Dans les marges de ses manuscrits, dans ses carnets ou sur des feuilles isolées, apparaissent des visages féminins, des corps esquissés, des silhouettes voilées ou sensuelles. Le trait y est libre, instinctif, parfois presque halluciné.

Miséria dessin "Pour le frontispice des Misérables" & dessin de droite : Jambe dévoillée B.N. ms. Carnet. N.a.f. 13469, fol. 21

Miseria
Jambe dévoilée

Ses dessins de femmes oscillent entre pudeur et érotisme discret. Hugo ne cherche pas tant à représenter un corps réaliste qu’une présence, une émotion, une tension intérieure. Certaines figures semblent sorties d’un rêve, d’autres incarnent une féminité plus charnelle et troublante. Cette dualité reflète profondément sa vision de la femme : à la fois lumière, vertige et puissance créatrice.

SUB CLARÃ NUDA LUCERNÃ

1861

Crayon, Pinceau, Barbes de plume, Lavis, Encre, Papier

Dimensions : Hauteur : 19,8 cm largeur : 31,6 cm

Inscription – en bas à l’encre brune : ‘’SUB CLARÃ NUDA LUCERNÃ’’

Numéro inventaire Maison Victor Hugo -Hauteville HOUSE : 922

La légende est une citation d’Horace et se retrouve à diverses reprises dans les carnets de Victor Hugo, à propos d’une servante vue dans sa mansarde de Marine-Terrasse à Jersey, ou d’une voisine peu précautionneuse que le poète aperçut le soir même de son retour du continent en 1861. Sur l’importance du regard, et du regard indiscret, dans la sensualité hugolienne. Cf. Charles Baudouin, Psychanalyste de Victor Hugo, et de Henri Guillemin, Hugo et la sexualité.

Sub clara nuda lucerna

L'œil de l'homme doit être plus religieux encore devant le lever d'une jeune fille que devant le lever d'une étoile. […] La jeune fille n'est qu'une lueur de rêve et n'est pas encore une statue. Son alcôve est cachée dans la partie sombre de l'idéal. L'indiscret toucher du regard brutalise cette vague pénombre. Ici, contempler, c'est profaner.»

Entre ombre et lumière : Ses esquisses oscillent entre une pudeur délicate et un érotisme discret, où certaines figures semblent s'évaporer tel un rêve.

Elle était déchaussée, elle était décoiffée

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi qui passais par-là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?

Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois où l’on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?

Elle essuya ses pieds à l’herbe de la rive ;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !

Comme l’eau caressait doucement le rivage !
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.

Mont.-l’Am., juin 183..

Les contemplations (1856). XXI

Date de dernière mise à jour : 11/05/2026