Le Poème de la sorcière (1872-1873) constitue un ensemble de dessins centrés sur des portraits caricaturaux accompagnés de légendes. Il forme un récit autonome, sans texte littéraire, racontant le procès et la torture d’une femme accusée de sorcellerie. Cette œuvre est unique dans la production de Hugo, car elle représente un ensemble clos, structuré autour d’un thème et d’une narration visuelle.
Le Poème de la sorcière est un véritable récit visuel, malgré l’autonomie de chaque dessin. L’ensemble repose sur une structure en quatre séries (torture, procès, juges, foule), qui permettent de reconstituer l’histoire.
La composition repose sur un principe de sérialité : répétition et variation des motifs, absence de hiérarchie entre les images, et importance du regard du spectateur pour produire du sens. Cette organisation crée une tension entre éclatement des images et cohérence narrative.
Les légendes jouent un rôle essentiel : elles structurent le récit, orientent l’interprétation et confèrent une dimension dramatique aux dessins. Elles permettent de transformer des caricatures interchangeables en éléments d’une narration cohérente.
L’ensemble développe également une dimension satirique et argumentative. Il dénonce l’absurdité et la cruauté d’un système judiciaire fondé sur la superstition, en montrant la complicité entre juges et foule.
Le contraste entre la sorcière, progressivement effacée et dépersonnalisée, et les figures très incarnées des juges et spectateurs renforce la critique. La série met en évidence la répétition infinie des bourreaux et la violence collective.
Le spectateur est lui-même impliqué : placé symboliquement parmi les observateurs, il est confronté à son propre regard et à une forme de voyeurisme.
Enfin, le texte montre que le sens du poème de la sorcière naît moins des dessins eux-mêmes que de leur montage. Cette pratique reflète une esthétique hugolienne fondée sur la forme ouverte, la sérialité et l’émergence du sens à partir du chaos, rejoignant une réflexion plus large sur la création artistique.