3 parties. 1 900 vers. 27 personnages + fig.
L’action se passe à Heppenheff, 120. : 1eracte : l'ancienne galerie des portraits seigneuriaux du burg (décor dessiné par Hugo) ; 2e : la salle des panoplies ; 3e : un caveau sombre, à voûte basse et cintrée-décor dessiné par Hugo.
L’argument :
Au château de Heppenheff, sur les rives du Rhin. Soixante-dix ans plus tôt, les deux fils de l’empereur d’Allemagne — l’un légitime, l’autre naturel — aimaient la même femme, Ginevra. Fosco, le fils naturel, surprit son frère Donato avec elle : fou de jalousie, il assassina Donato et vendit Ginevra comme esclave.
Dans le présent, Job et son fils Magnus, tous deux burgraves, ont été évincés par Hotto, fils de Magnus. Entouré de ses compagnons, Hotto se livre aux pires exactions et fait régner la terreur dans la région, alternant violences et orgies. Job, quant à lui, demeure hanté par l’enlèvement de son plus jeune fils, disparu alors qu’il n’était qu’un enfant, vingt ans auparavant.
Régina, jeune fille fragile et pleine de douceur, se consume d’un mal mystérieux. Promise à Hotto, elle aime en secret Otbert, noble, courageux et loyal. Tous deux représentent pour Job sa seule consolation et sa dernière source d’espoir.
Une vieille esclave énigmatique, Guanhumara, propose alors un marché à Otbert : elle promet de sauver Régina grâce à une potion miraculeuse, à condition qu’il assassine un inconnu qu’elle affirme digne de mort. Désespéré, Otbert accepte de frapper cette victime sans la connaître.
C’est alors qu’un vieillard se présente au château. Malgré les réticences des plus jeunes, Job et Magnus décident de lui accorder l’hospitalité…
Ecrite en 1842 [10 septembre au 19 octobre], lue le 23-novembre 1842, au Théâtre-Français. La pièce est reçue par 13 voix contre 1.
[Victor Hugo Choses vues, Souvenirs, Journaux, Cahiers 1830-1846 Hubert Juin.p.83.]
La première du 7 mars fut froide et courtoise : « succès mitigé » selon le registre du théâtre. Demi-échec. Assez vite la comète de Halley rassembla les curieux. « Dieu lui- même me fait concurrence »,
Jouée par les lions du Romantisme, Bocage et Dorval. Confrontation symbolique. Balzac qui n'aime pas Hugo écrit : « Hugo a bien mérité par ses sottises que Dieu lui envoyât un Ponsard pour rival. » Brifaut dans Le Constitutionnel écrit un article-résumé : « Du point de vue poétique, nous avons des éloges sincères à faire à M. Victor Hugo. (...) la vue de ces mérites, nos regrets deviennent plus amers lorsque nos regards tombent sur cette révolte ouverte un esprit supérieur avec le sens, le goût, la raison, le beau et le vrai. »
Anne Ubersfeld, Victor Hugo et le Théâtre p.133.
Contrairement à ce que l'on a souvent prétendu, cette pièce ne fut pas un échec : on donne trente-trois représentations, jusqu'à novembre 1843 (ce qui est le signe d'un relatif succès quand on sait que les pièces qui ne rencontraient pas leur public pouvaient être supprimées de l'affiche du jour au lendemain après une unique représentation). Les Burgraves ne sont ni la fin du drame romantique ni la fin de la carrière théâtrale de Hugo.
Corinne Saminadayar-Perrin, Qu'est-ce qu'un événement littéraire au XIXe siècle ? Saint-Etienne, Université de Saint-Etienne, 2008, 318 p