LE ROI S'AMUSE. 5 actes. 1 687 vers. 20 personnages + fig.
L’action se passe à Paris, 152.. : ( acte I : une fête de nuit au Louvre — II : le recoin le plus désert du cul-de-sac Bussy (Hugo a dessiné une esquisse de ce décor). — III : l'antichambre du roi, au Louvre. - IV et V : la grève déserte voisine de la Tournelle : esquisse dessinée par Hugo sur le manuscrit.
Ecrite du 3 au 23 juin 1832. La pièce a été présentée pour la première fois le 22 novembre 1832 à la Comédie-Française. La censure du nouveau régime avait laissé passer Marion de Lorme en 1831 mais n'épargna pas, un an plus tard, ce Roi s'amuse où François Ier était représenté comme un monarque dépravé, enlevant et consommant des femmes avec la complicité de ses courtisans. Et soupçonné de complots politiques et des problèmes de succession. Interdite dès le lendemain de la première, la pièce ne s'en releva jamais vraiment, mais connut un triomphe indirect une vingtaine d'années plus tard, quand Giuseppe Verdi s'en inspira pour Rigoletto, un de ses opéras les plus populaires. La pièce sera reprise qu’en 1882.
L’argument :
Victor Hugo, dans sa Préface, se défend contre l’interdiction de sa pièce et sa prétendue immoralité. Il rappelle ainsi son argument.
« La pièce est immorale ? croyez-vous ? Est-ce par le fond ? Voici le fond. Triboulet est difforme, Triboulet est malade, Triboulet est bouffon de cour ; triple misère qui le rend méchant. Triboulet hait le roi parce qu’il est le roi, les seigneurs parce qu’ils sont les seigneurs, les hommes parce qu’ils n’ont pas tous une bosse sur le dos. Son seul passe-temps est d’entre-heurter sans relâche les seigneurs contre le roi, brisant le plus faible au plus fort. Il déprave le roi, il le corrompt, il l’abrutit ; il le pousse à la tyrannie, à l’ignorance, au vice ; il le lâche à travers toutes les familles des gentilshommes, lui montrant sans cesse du doigt la femme à séduire, la sœur à enlever, la fille à déshonorer. Le roi dans les mains de Triboulet n’est qu’un pantin tout-puissant qui brise toutes les existences au milieu desquelles le bouffon le fait jouer. Un jour, au milieu d’une fête, au moment même où Triboulet pousse le roi à enlever la femme de Monsieur de Cossé, monsieur de Saint-Vallier pénètre jusqu’au roi et lui reproche hautement le déshonneur de Diane de Poitiers.
Ce père auquel le roi a pris sa fille, Triboulet le raille et l’insulte. Le père lève le bras et maudit Triboulet. De ceci découle toute la pièce. Le sujet véritable du drame, c’est la malédiction de monsieur de Saint-Vallier. Écoutez. Vous êtes au second acte. Cette malédiction, sur qui est-elle tombée ? Sur Triboulet fou du roi ? Non. Sur Triboulet qui est homme, qui est père, qui a un cœur, qui a une fille. Triboulet a une fille, tout est là. Triboulet n’a que sa fille au monde ; il la cache à tous les yeux, dans un quartier désert, dans une maison solitaire. Plus il fait circuler dans la ville la contagion de la débauche et du vice, plus il tient sa fille isolée et murée. Il élève son enfant dans l’innocence, dans la foi et dans la pudeur. Sa plus grande crainte est qu’elle ne tombe dans le mal, car il sait, lui méchant, tout ce qu’on y souffre. Eh bien ! la malédiction du vieillard atteindra Triboulet dans la seule chose qu’il aime au monde, dans sa fille. Ce même roi que Triboulet pousse au rapt, ravira sa fille, à Triboulet. Le bouffon sera frappé par la Providence exactement de la même manière que M. de Saint-Vallier. Et puis, une fois sa fille séduite et perdue, il tendra un piège au roi pour la venger ; c’est sa fille qui y tombera. Ainsi Triboulet a deux élèves, le roi et sa fille, le roi qu’il dresse au vice, sa fille qu’il fait croître pour la vertu. L’un perdra l’autre. Il veut enlever pour le roi madame de Cossé, c’est sa fille qu’il enlève. Il veut assassiner le roi pour venger sa fille, c’est sa fille qu’il assassine. Le châtiment ne s’arrête pas à moitié chemin ; la malédiction du père de Diane s’accomplit sur le père de Blanche.
Sans doute ce n’est pas à nous de décider si c’est là une idée dramatique, mais à coup sûr c’est là une idée morale. »
Références BNF :
Le Roi S’Amuse. Ms. autographe, 117 ff., 265x225 mm. — B.N., Mss., n.a. fr. 13370.
Le texte de ce drame (en vers, en 5 actes, écrit du 3 au 23 juin 1832) occupe les f. 1-84 ; il est suivi d'un reliquat. — Au fol. 85, dessin à la plume représentant « Le dernier bouffon songeant au dernier roi ».
BNF Victor Hugo, cent cinquantième anniversaire de sa naissance 1952.p.28