Le voyage de 1840 (du 29 août au 1er novembre) sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar est moins purement touristique que les précédents. Hugo prépare un récit, sous forme de lettres, de ses voyages sur le Rhin.
La Tour aux rats
Tour aux rats 27/09/1840Le premier dessin a été fait sur place ou peu de temps après ; on y reconnaît le procédé de la première manière : C'est une composition sans vigueur, exécutée à petits traits ; certains détails sont présentés d'une façon un peu puérile : les arbres qui bordent la rive rappellent ceux de la maison des environs de d'Abbeville. Le second dessin a été exécuté plus tard « en atelier », au retour à Paris. Toute une partie du Rhin, le Burg qui se profile au flanc de la montagne, la montagne elle-même et ses arbres ne sont plus qu'une seule et vaste masse d'ombre, alors que la Tour, objet principal de la composition, après avoir été agrandie, rapprochée, est frappée d'un coup de lumière qui dirige l’attention sur elle.
Le bateau, si ordinaire dans le premier dessin, a été transformé : sa voile se gonfle d'un coup de vent romantique ; à la partie inférieure, le jeu des ombres sur l'eau est remarquable. Quelle différence avec la platitude du dessin primitif ! Un détail : Hugo s'est rappelé que dans la gravure de la Mäusethurm de son enfance (*) le ciel était plein de nuées hideuses », et c'est ainsi que l'on voit tomber vers le fleuve de sinistres traînées noires, pareilles à des trombes - qui ont peut-être été tracées avec le doigt ou, comme certains l'ont prétendu, « imprimées » à l'aide du fer à friser d'Adèle. Ce second tableau est devenu antithèse et mystère : Hugo a trouvé sa voie. De plus en plus il va procéder par plans et par oppositions son trait ignorera le détail, deviendra vigoureux appuyé : « il écrase parfois sa plume ou son pinceau comme un Lion qui dessine »
p 21 Lettre de Chifflart à un ami (collection Jean Delalande).
Sources : Jean Delalande, Victor Hugo Dessinateur génial et halluciné, Nouvelles éditions latines.
-Dans mon enfance, écrit Victor Hugo, j’avais au-dessus de mon lit un petit tableau entouré d’un cadre noir que je ne sais quelle servante allemande avait accroché au mur. Il représentait une vieille tour isolée, moisie, délabrée, entourée d’eaux profondes et noires, qui la couvraient de vapeurs, et de montagnes qui la couvraient d’ombre. Le ciel de cette tour était morne et plein de nuées hideuses. Le soir, après avoir prié Dieu et avant de m’endormir, je regardais toujours ce tableau. La nuit je le revoyais dans mes rêves, et je l’y revoyais terrible. La tour grandissait, l’eau bouillonnait, un éclair tombait des nuées, le vent sifflait dans les montagnes et semblait par moments jeter des clameurs. Un jour, je demandai à la servante comment s’appelait cette tour. Elle me répondit, en faisant un signe de croix, la Maüsethurm.
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