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L'Homme qui rit

Publié en 1869, L’Homme qui rit est l’un des romans les plus sombres et les plus puissants de Victor Hugo. Écrit en grande partie durant son exil, entre Guernesey et Bruxelles, ce livre témoigne de la maturité littéraire et philosophique de l’auteur. Le manuscrit autographe, conservé à la Bibliothèque nationale de France, indique que l’œuvre fut commencée le 21 juillet 1866 et achevée le 23 août 1868.

Ce roman s’inscrit dans la lignée des grandes fresques sociales hugoliennes, aux côtés des Misérables, et met en scène un héros tragique : Gwynplaine. Défiguré dès l’enfance par des trafiquants d’enfants (les « comprachicos »), Gwynplaine porte sur son visage un rire figé, grotesque et douloureux. Derrière ce masque se cache un être profondément sensible, victime d’une société cruelle et inégalitaire.

Comme Quasimodo ou Jean Valjean, Gwynplaine incarne la figure du marginal rejeté. Hugo explore ici l’injustice sociale, la violence des hiérarchies et l’hypocrisie des élites. Lorsque Gwynplaine découvre sa véritable identité et devient Lord, il ne renie pas ses origines : son discours à la Chambre des Lords, violemment hué, rappelle les prises de position engagées de Hugo lui-même, notamment à l’Assemblée en 1850.

Le roman est également traversé par des éléments autobiographiques et émotionnels. La peur de l’enfant face au gibet, évoquée dans l’œuvre, renvoie aux angoisses profondes qui ont marqué l’enfance de Hugo. Cette dimension intime donne au récit une force particulière, presque charnelle, comme le soulignent les critiques.

Malgré sa richesse et sa profondeur, L’Homme qui rit connut un succès plus mitigé que les œuvres précédentes de Hugo. Cela s’explique en partie par une publication jugée trop commerciale par son éditeur. Pourtant, ce roman reste aujourd’hui une œuvre majeure, à la fois poétique, politique et profondément humaine.

Enfin, cette période de création correspond à une phase de réflexion intense pour Hugo. Dans une lettre adressée à Auguste Vacquerie en janvier 1869, il écrit :
« Mon corps décline, ma pensée croît ; sous ma vieillesse, il y a une éclosion... »
Cette phrase éclaire toute la puissance intellectuelle et créatrice qui traverse L’Homme qui rit.

Fonds Victor Hugo. I -- ŒUVRES. L'Homme qui rit. | Gallica

folio 70r du manuscrit

 

 

 

Note de Victor Hugo : Ce livre, dont la plus grande partie a été écrite à Guernesey, a été commencé à Bruxelles, le 21 juillet 1866, et fini à Bruxelles, le 23 août 1868.

Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits NAF 24746

 

L'homme qui rit

Date de dernière mise à jour : 26/04/2026