Ce site est dédié à l'étude et à la mise en valeur de l'œuvre graphique de Victor Hugo.

ALPES & PYRÉNÉES 1839 - 1843

Voyage du 31 août au 26 octobre 1839

Voyage du 29 août au 1er novembre 1840

 Voyage du 18 juillet au 12 septembre 1843

Vue de Luz

Vue de Luz
Plume (arts graphiques), Lavis, Encre brune, Crayon, Papier vélin

Numéro d’inventaire : MVH : 1392

  • Hauteur : 20.7 cm
  • Largeur : 13.5 cm

De Luz, le 25 août 1843, il lui adresse une lettre, joliment agrémentée d’un de ces croquis dont il a le secret

Il s'agit de la dernière lettre écrite par Victor Hugo à sa fille Léopoldine qui mourra le 4 septembre.

À Léopoldine.

Luz, 25 août [1843].

J’écris à ta mère, ma fille chérie, la tournée que je fais dans ces montagnes. Je t’envoie au dos de cette lettre un petit gribouillis qui te donnera quelque idée des choses que je vois tous les jours, qui me paraissent bien belles, et qui me sembleraient bien plus belles encore, chère enfant, si je les voyais avec toi. Ce qui te surprendra, c’est que l’espèce de ruine qui est au bas de la montagne n’est point une ruine : c’est un rocher. Les Pyrénées sont pleines de ces blocs étranges qui imitent des édifices écroulés. Les Pyrénées elles-mêmes, au reste, ne sont qu’un grand édifice écroulé.

Les deux triangles blancs que tu vois dans les entre-deux des montagnes sont de la/ 

Au verso/ neige. Dans certaines Pyrénées, et particulièrement sur le Vignemale, la neige prend son niveau comme l’océan.

Je prends les eaux, mais j’ai toujours les yeux malades. Il est vrai que je travaille beaucoup. Je pourrais dire sans cesse. Mais c’est ma vie. Travailler, c’est m’occuper de vous tous.

Tu as maintenant deux Charles pour te rendre heureuse. Avant peu tu auras aussi ton père. Donc, continue d’engraisser, de rire et de te bien porter. Rayonne, mon enfant. Tu es dans l’âge.

Vue de luz

Je charge ta mère de mes souvenirs pour madame Lefèvre et monsieur Regnauld. Et puis je t’embrasse, ton Charles et toi, du fond du cœur.

Écris-moi maintenant à La Rochelle poste restante.

Fais souvenir ta bonne mère, qui est un peu distraite, que c’est à La Rochelle qu’il faut m’écrire désormais.

Alors qu’il revenait le 8 septembre 1843 de l’île d’Oléron avec Juliette Drouet, Victor Hugo traverse le marais de Saint-Agnant depuis Marennes en omnibus, pour rejoindre Rochefort, où il parvient le 9 septembre à 14 heures. Le couple doit ensuite gagner La Rochelle à 18 heures où une correspondance les attend. En ce jour de canicule, tous deux se réfugient à l’ombre du Café de l’Europe. Victor Hugo l’a relevé dans ses « Carnets » tandis que Juliette Drouet décrira la scène dans son « Journal », en indiquant que le couple était allé se placer « tout à fait dans le fond (du café), presque sous un petit escalier en colimaçon décoré d’une rampe en calicot rouge. Le garçon apporte une bouteille de bière et se retire. Sous une table, en face de nous, il y a plusieurs journaux. Toto en prend un au hasard et moi je prends “Le Charivari”. J’avais eu à peine le temps d’en regarder le titre que mon pauvre bien-aimé se penche brusquement vers moi et me dit d’une voix étranglée en me montrant le journal qu’il tient à la main : “voilà qui est horrible”. Je lève les yeux sur lui : jamais je n’oublierai l’expression de désespoir sans nom de la noble figure .

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Date de dernière mise à jour : 28/04/2026