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Quatrevingt -Treize

Victor Hugo plonge le lecteur au cœur de la Révolution française, en 1793, période de violence extrême où s’affrontent deux visions irréconciliables de la France : la République naissante et la monarchie déclinante.

Le roman s’organise autour de figures puissamment symboliques. D’un côté, le marquis de Lantenac, incarnation de l’Ancien Régime, chef impitoyable mais digne. De l’autre, Gauvain, jeune général républicain, idéaliste et humaniste. Entre eux se tient Cimourdain, ancien prêtre devenu révolutionnaire fanatique, figure tragique déchirée entre son devoir politique et son attachement à Gauvain, qu’il a élevé.

L’intrigue se noue dans la guerre de Vendée, où la Bretagne devient un théâtre de chaos. Hugo mêle scènes épiques et moments d’intense humanité, notamment autour du sauvetage d’enfants innocents — épisode central qui révèle la complexité morale des personnages. Lantenac, pourtant ennemi, accomplit un acte de bonté qui bouleverse l’ordre des valeurs, tandis que Gauvain, au nom de la clémence, transgresse la rigueur révolutionnaire.

Ainsi, Quatrevingt-Treize n’est pas seulement un roman historique : c’est une fresque morale où s’affrontent l’ombre et la lumière, et où Hugo suggère que le véritable progrès réside peut-être dans la capacité à rester humain, même au cœur de la tourmente.

La Tourgue

en 1835

Plume, Lavis, Encre sur papier H 30.3 L 19.8 cm

Inscription en bas à droite à l’encre brune : « La Tourgue/en 1835/V.H.

La Tourgue est la vieille bastille en ruine des Gauvain, dans le roman : Quatrevingt-treize rédigé de décembre 1872 à juin 1873, publié en 1874, c’est le dernier roman de Victor Hugo (1802-1885). L'écrivain en forma le projet à la suite de la parution des Misérables, en 1862.

Les dessins de Victor Hugo – à l’exception du grand cycle pour "Les travailleurs de la Mer" – ne sont que rarement en relation directe avec son œuvre littéraire. « La Tourgue en 1935 » fait partie de ces exceptions ayant été réalisée spécifiquement comme projet d’illustration ainsi que l’écrivain le note dans ses carnets, à la date du 30 mai 1876 : « J’ai fait pour le 93 illustré le dessin de la Tourgue en ruine ».

Selon le souhait de Victor Hugo, la première publication n’est jamais une édition illustrée, mais celle-ci suivait de peu dès que paraissait une édition populaire. C'est le cas ici, pour la publication du roman dans "l'Edition Eugène Hugues" ou "Edition du Victor Hugo illustré", en 1876, pour laquelle plusieurs illustrateurs - comme Gustave Brion, Emile Bayard, Henri Louis Scott - donnent des dessins. Paul Meurice qui est le maître d'œuvre de l'édition Hugues, a à cœur d'y reproduire nombre de dessins de Victor Hugo et sans nul doute a-t-il convaincu Victor Hugo de réaliser un dessin pour ce volume. On sait que pour son héros, Hugo a repris le nom de famille de Juliette Drouet, « Gauvain ». Aussi pour le château familial s’inspire-t-il de la Tour Mélusine du château de Fougères, ville natale de Juliette, qu’il avait visité et dessiné le 25 juin 1836 (et non 1835 comme voulait le rappeler l’inscription portée sur cette feuille).

La tourgue

Ici Hugo mêle le souvenir réaliste de la tour de Fougères et la fiction littéraire, avec la ruine de la galerie incendiée. Le dessin témoigne d’une grande virtuosité technique notamment dans l’utilisation du voile vaporeux d’un fin réseau de dentelle obtenu par la diffusion de l’encre sur le papier mouillé ; cette utilisation de l’aléatoire est d’une grande modernité. « La Tourgue » est sans doute le dernier grand dessin de Victor Hugo dont l’œuvre graphique se réduit dans les dernières années de sa vie. Ce dessin a figure à l'exposition de la galerie Georges Petit, en 1888, qui fut la première exposition publique de dessins de Victor Hugo, sous la rubrique "Collection de M. Paul Meurice", n° 83.

Réf : Paris musée collections Maison Victor Hugo-Hauteville Housse

Une Bastille de province

Le voyageur qui, il y a quarante ans, entré dans la forêt de Fougères du côté de Laignelet en ressortait du côté de Parigné, faisait, sur la lisière de cette profonde futaie, une rencontre sinistre. En débouchant du hallier, il avait brusquement devant lui la Tourgue.

Non la Tourgue vivante, mais la Tourgue morte. La Tourgue lézardée, sabordée, balafrée, démantelée. La ruine est à l’édifice ce que le fantôme est à l’homme. Pas de plus lugubre vision que la Tourgue. Ce qu’on avait sous les yeux, c’était une haute tour ronde, toute seule au coin du bois comme un malfaiteur. Cette tour, droite sur un bloc de roche à pic, avait presque l’aspect romain tant elle était correcte et solide, et tant dans cette masse robuste l’idée de la puissance était mêlée à l’idée de la chute. Romaine, elle l’était même un peu, car elle était romane ; commencée, au neuvième siècle, elle avait été achevée au douzième, après trois croisades.

Réf : tiré du texte du roman de Victor Hugo Quatrevingt-treize - Troisième partie en Vendée – Livre deuxième : Les trois enfants, IX, l.

  • Extrait de l’article de Camille Pelletan, journaliste daté du 5 mars 1874 dans L’Egalité de Marseille :

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Date de dernière mise à jour : 28/04/2026