Ici Hugo mêle le souvenir réaliste de la tour de Fougères et la fiction littéraire, avec la ruine de la galerie incendiée. Le dessin témoigne d’une grande virtuosité technique notamment dans l’utilisation du voile vaporeux d’un fin réseau de dentelle obtenu par la diffusion de l’encre sur le papier mouillé ; cette utilisation de l’aléatoire est d’une grande modernité. « La Tourgue » est sans doute le dernier grand dessin de Victor Hugo dont l’œuvre graphique se réduit dans les dernières années de sa vie. Ce dessin a figure à l'exposition de la galerie Georges Petit, en 1888, qui fut la première exposition publique de dessins de Victor Hugo, sous la rubrique "Collection de M. Paul Meurice", n° 83.
Réf : Paris musée collections Maison Victor Hugo-Hauteville Housse
Une Bastille de province
Le voyageur qui, il y a quarante ans, entré dans la forêt de Fougères du côté de Laignelet en ressortait du côté de Parigné, faisait, sur la lisière de cette profonde futaie, une rencontre sinistre. En débouchant du hallier, il avait brusquement devant lui la Tourgue.
Non la Tourgue vivante, mais la Tourgue morte. La Tourgue lézardée, sabordée, balafrée, démantelée. La ruine est à l’édifice ce que le fantôme est à l’homme. Pas de plus lugubre vision que la Tourgue. Ce qu’on avait sous les yeux, c’était une haute tour ronde, toute seule au coin du bois comme un malfaiteur. Cette tour, droite sur un bloc de roche à pic, avait presque l’aspect romain tant elle était correcte et solide, et tant dans cette masse robuste l’idée de la puissance était mêlée à l’idée de la chute. Romaine, elle l’était même un peu, car elle était romane ; commencée, au neuvième siècle, elle avait été achevée au douzième, après trois croisades.
Réf : tiré du texte du roman de Victor Hugo Quatrevingt-treize - Troisième partie en Vendée – Livre deuxième : Les trois enfants, IX, l.
- Extrait de l’article de Camille Pelletan, journaliste daté du 5 mars 1874 dans L’Egalité de Marseille :