Ce site est dédié à l'étude et à la mise en valeur de l'œuvre graphique de Victor Hugo.

Les Travailleurs de la Mer

Les Travailleurs de la MerLes Travailleurs de la mer est un roman de Victor Hugo, écrit à Hauteville House pendant l’exil du poète sur l’île anglo-normande de Guernesey et publié en 1866. Le roman est dédié à l'île de Guernesey et à ses habitants :

« Je dédie ce livre au rocher d'hospitalité et de liberté, à ce coin de vieille terre normande où vit le noble petit peuple de la mer, à l'île de Guernesey, sévère et douce, mon asile actuel, mon tombeau probable. »

— V. H.

Le récit met en scène Mess Lethierry, propriétaire du navire à vapeur La Durande, échoué à la suite de la trahison de son capitaine Clubin. Désespéré de perdre la précieuse machine du bateau, il promet la main de sa nièce Déruchette à quiconque parviendra à la récupérer. Gilliatt, un pêcheur solitaire et déterminé, secrètement amoureux de la jeune femme, se lance alors dans cette entreprise périlleuse au large de Guernesey.

Gilliat

1er partie, livre I, VI. La panse

Les filles le trouvaient laid.

Il n’était pas laid. Il était beau peut-être. Il avait dans le profil quelque chose d’un barbare antique. Au repos, il ressemblait à un dace de la colonne trajane. Son oreille était petite, délicate, sans lambeau, et d’une admirable forme acoustique. Il avait entre les deux yeux cette fière ride verticale de l’homme hardi et persévérant. Les deux coins de sa bouche tombaient, ce qui est amer ; son front était d’une courbe noble et sereine ; sa prunelle franche regardait bien, quoique troublée par ce clignement que donne aux pêcheurs la réverbération des vagues. Son rire était puéril et charmant. Pas de plus pur ivoire que ses dents. Mais le hâle l’avait fait presque nègre. On ne se mêle pas impunément à l’océan, à la tempête et à la nuit ; à trente ans, il en paraissait quarante-cinq. Il avait le sombre masque du vent et de la mer. On l’avait surnommé Gilliatt le Malin.

Gilliatt

Les Douvres

Plume ; pinceau, encre brune et lavis, gouache blanche sur papier d’album ; collé sur un feuillet de support 295x420 où figure la note autographe : « dans ce dessin, de même que dans le frontispice, j'ai trop penché la cheminée, entrevue, de la Durande échouée. Elle doit être beaucoup plus droite.» ; était placé entre les ch.3 et 4 du livre 1er de la 2e partie. - 237x367. N.a.f. 24745,f.232 (boîte 3,n°27)

« C’est deux piliers c’étaient les Douvres. L’espèce de masse emboîtée entre eux comme une architrave entre deux chambranles, c’était la Durande. […] Les Douvres, élevant au-dessus des flots la Durante morte, avaient un air de triomphe. On eût dit deux bras monstrueux sortant du gouffre et montant aux tempêtes ce cadavre de navire. C’était quelque chose comme l’assassin qui se vante. »

« L’espèce de H majuscule formée par les deux Douvres ayant la Durande pour trait d’union, apparaissait à l’horizon dans on ne sait quelle majesté crépusculaire. »

(Les Travailleurs de la mer, T II, I, i)

L’ensemble de la masse rocheuse peut se lire comme un gigantesque V.H.

Une autre représentation des Douvres figure dans le carnet N.a.f. 13459, f.74v avec cette mention biffée : « H majuscule énorme noire sur un ciel blanc »

Les douvres

La poupée de la Durande

 

 

Plume et encre brune ; 193 x 208 mm. N.a.f. 247451, fol 71 ter "

On nomme poupée dans les îles normandes la figure taillée dans la proue, statue de bois sculptée à peu près. De là, pour dire naviguer, cette locution locale : être entre poupe et poupée." La poupée de la Durande était particulièrement chère à mess Lethierry. Il l'avait commandée au charpentier sur le modèle de Déruchette : « Elle ressemblait à coup de hache. C'était une bûche faisant effort pour être une jolie fille » (T. M., I, III, X)

Poupée de la Durande

La pieuvre

La Pieuvre

Les Travailleurs de la mer

Plume, pinceau, encre brune et lavis sur papier crème (357 x 259 mn)

BnF, département des Manuscrits, NAF 247452, fol. 382

© Bibliothèque nationale de France

Placé à l'intérieur du chapitre « Le monstre » (II, IV, II), ce dessin correspond bien à la longue description de la pieuvre : « La nuit, pourtant, et particulièrement dans la saison du rut, elle est phosphorescente. Cette épouvante a ses amours. Elle attend l'hymen. Elle se fait belle, elle s'allume, elle s'illumine, et, du haut de quelque rocher, on peut l'apercevoir au-dessous de soi dans les profonds ténèbres épanouie en une irradiation blême, soleil spectre. » (T. M., II, IV, II.)

Ce dessin, comme « l'Esprit de la tempête », semble avoir été inspiré par des miniatures du Voyage miraculeux du Prophète. La feuille a été entièrement imbibée de lavis d'encre, rendant une parfaite évocation du milieu liquide. Ce dessin n'était pas prévu pour figurer dans le manuscrit puisqu'il était plus vaste et que toute la partie inférieure a été découpée. On notera que la pieuvre dessine avec ses tentacules les lettres « V » et « H », initiales de l'auteur.

Avec Les Travailleurs de la mer, Victor Hugo allait populariser un nouveau mot, celui de pieuvre ; utilisé seulement dans le vieux parler normand, ce terme allait désormais se retrouver dès 1866 sous la plume de George Sand, puis sous celle de Maupassant et tendre à supplanter celui de poulpe alors usité.

La pieuvre Travailleurs de la mer

Comparées à la pieuvre, les vieilles hydres font sourire. À de certains moments, on serait tenté de le penser, l’insaisissable qui flotte en nos songes rencontre dans le possible des aimants auxquels ses linéaments se prennent, et de ces obscures fixations du rêve il sort des êtres. L’Inconnu dispose du prodige, et il s’en sert pour composer le monstre. Orphée, Homère et Hésiode n’ont pu faire que la Chimère ; Dieu a fait la Pieuvre.

Quand Dieu veut, il excelle dans l’exécrable.

Le pourquoi de cette volonté est l’effroi du penseur religieux.

Tous les idéals étant admis, si l’épouvante est un but, la pieuvre est un chef-d’œuvre. »

(Les Travailleurs de la mer, II, IV, II)

). « Pieuvre » est emprunté aux pêcheurs guernesiais par Victor Hugo lors de son séjour à Guernesey[1] : en 1866 il introduit ce mot en français dans son roman Les Travailleurs de la mer. Le succès de cette œuvre est tel que « pieuvre » supplante rapidement le mot « poulpe » dans l'usage courant, et passe même en italien sous la forme piovra.

Naufrage

Naufrage,

 réalisé au crayon de graphite Plume, pinceau, encre brune et lavis, gouache noire et blanche (132 x 104 mn), puis repris à l'encre, fait partie des œuvres graphiques de Victor Hugo liées à "Les Travailleurs de la mer"

Dessin conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF) département des Manuscrits, NAF 247451, fol. 116.

Hugo brosse une mer terrifiante, prête à engloutir le Tamaulipas des Travailleurs de la mer. D’épouvantables vagues chavirent le trois-mâts fouetté par le vent, ses voiles déchirées.

Placé entre les livres IV et V de la première partie des Travailleurs de la mer, ce trois-mâts peut être le Tamaulipas dont il va être question (I, V, I) et sur lequel Rantaine embarque. On voit Clubin en observer le départ à la longue vue : « Quand le canot fut remonté à bord et replacé dans les pistolets, le Tamaulipas fit servir. La brise montait de terre, il éventa toutes ses voiles, la lunette de Clubin demeura braquée sur cette silhouette de plus en plus simplifiée, et, une demi-heure après, le Tamaulipas n’était plus qu’une corne noire s’amoindrissant à l’horizon sur le ciel blême du crépuscule. » (T. M., I, V, VIII.)

Naufrage

La Mouette passant dans l’ombre

 

 Vers 1864-1865

 Plume, pinceau, encre brune et lavis, rehauts de gouache blanche, réserves, 1191 x 155 mm

Placé entre les livres II, III, « La lutte » et II, IV, « Les doubles-fonds de l’obstacle », ce dessin est en rapport avec la « La lutte » qu’il clôt : « Comme Gilliatt achevait cette revue, une blancheur passa près de lui et s’enfonça dans l’ombre. C’était une mouette. Pas d’apparition meilleure dans les tourmentes. Quand les oiseaux arrivent, c’est que l’orage se retire. » (II, III, VI)

ce dessin trouve bien sa signification illustrative à la fin du chapitre le Combat qui clôt dans le manuscrit.

Mouette passant dans l'ombre

Un autre dessin très proche a du être fait par Victor Hugo, car ce dernier note dans un carnet, à la date du 9 février 1868 : « J’ai posé tout l’après-midi pour le portrait que fait de moi M. Chifflart – il m’a donné quatre dessins – je lui en ai donné un (la mouette sur la mer). » (NAF 13466, f. 78.) Le modèle est-il une mouette ? Il semble que ce soit plutôt un fou que Victor Hugo ait représenté là. Le titre est attribué à la reproduction gravée de ce dessin par Fortuné Méaulle (Dessins de Victor Hugo. Les Travailleurs de la mer, 1882) et dans l'édition illustrée de 1883 (Paris, E. Hugues). Le dessin a aussi été publié avec le titre "La mouette passant dans l'ombre".

Fonds Victor Hugo. II - ŒUVRES. Les Travailleurs de la mer. 646 feuilles, 445 × 390 mm. Dessins, division : F. 369 "Le Cormoran"

BnF, département des Manuscrits, NAF 24745, fol. 369

♦ Accès au manuscrit, Accéder au site BnF Gallica : Les travailleurs de la mer / Victor Hugo | Gallica

Date de dernière mise à jour : 26/04/2026